Jean Baptiste au Rega

Un Bordelais à Phnom Penh

 Des chiffonniers de Phnom Penh aux temples d’Angkor

Parti au Cambodge comme volontaire pour une ONG, le Girondin Jean-Baptiste De Séze a quitté les bidonvilles de Phnom Penh pour ouvrir une maison d’hôtes à Siem Reap.

Au fond d’une impasse, un peu à l’écart du bouillonnement de la ville, l’endroit incite au repos et à la tranquillité. Bienvenue au « Réga Le Toit », la « Guest house » que dirige depuis un peu plus d’un an Jean-Baptiste De Séze et sa compagne Soeung Oœun. « Ce qu’on souhaite, dit d’emblée le Français, né et grandi à Saint-Médard d’Eyrans, au sud de Bordeaux, c’est que les gens entrent en contact. C’est une maison d’hôtes, on n’est pas juste là pour distribuer des clés. » L’établissement est de taille modeste, 10 chambres à la décoration simple, distribuées autour d’un jardin où des bungalows et des hamacs permettent aux visiteurs de se détendre, pour 10 à 14 euros la nuit. Le « Réga Le Toi » est à 5 kilomètres en « touk-touk » (le fameux triporteur à moteur pétaradant) des temples d’Angkor, inscrits au patrimoine de l’UNESCO. « Quand je suis passé une première fois en 2002, témoigne Jean-Baptiste, fils de deux parents agriculteurs, c’était un village de 1.000 habitants. Aujourd’hui, avec le développement du tourisme, c’est devenu le Las Vegas khmer. » Le couple propose aussi à ses visiteurs de passage une restauration simple, mélange de cuisine asiatique et française. « Vu qu’Angkor est devenu un centre très touristique, on trouve pratiquement tout ici, explique le Français. A part le chocolat. Comme ils ne savent pas ce que c’est, ils le mettent au soleil ou au froid. Même de marque, il est toujours mauvais ! »

Avec les enfants de la décharge

Jean-Baptiste de Séze vit depuis 10 ans Cambodge. Après un baccalauréat agricole passé à Périgueux et Etcharry au Pays basque, il a toujours travaillé dans le milieu associatif, d’abord au centre d’accueil pour jeunes en difficulté de « l’Hermitage » à Bordeaux. En 1999, lors d’une conférence à La Brède, il découvre l’ONG « Pour un Sourire d’Enfant » et s’engage comme volontaire auprès des petits chiffonniers de Pnom Pehn. « On travaillait sur l’immense décharge fumante de Steung Mean Chey, dans les quartiers sud de la ville, explique Jean-Baptiste. Le but était de scolariser dans une école voisine les centaines d’enfants qui fouillaient la nuit les immondices pour gagner quelques riels. » Le Français participe ensuite à l’ouverture d’un centre d’insertion pour les jeunes à Siem Reap, là où il vit aujourd’hui. « Avec l’explosion touristique, on leur trouvait du travail dans les restaurants, mais ils revenaient sur la décharge au bout d’un mois ou deux parce qu’il n’y avait rien pour les héberger. » C’est d’ailleurs lors de ce premier passage à Angkor que Jean-Baptiste rencontre sa future compagne, de 20 ans sa cadette.

Un parfum d’ovalie

Suivra une expérience auprès de l’association « Avocats sans frontières France » pour mettre en place une aide judiciaire à travers tout le royaume. « Les avocats se déplacent maintenant dans toutes les provinces pour aider gratuitement les gens pauvres, se réjouit Jean-Baptiste, notamment pour représenter et défendre les victimes des Khmers Rouges devant la justice. » Le Français a en fait a levé le pied au moment de la naissance du premier de ses deux enfants, il y a deux ans et demi. « Volontaire, ça va quand on est seul, mais dès qu’on a une famille à charge, c’est un peu difficile ! ». D’autant qu’ouvrir une affaire au Cambodge est bien plus simple qu’en France. « J’ai retrouvé ici le mode de vie que j’avais à la campagne quand j’étais gamin à Saint-Médard d’Eyrans, constate Jean-Baptiste, 47 ans. On prend le temps de vivre, les khmers ne supportent pas le stress. » Nourri de la culture de l’ovalie, le Français s’est aussi improvisé entraîneur de rugby, dont le Cambodge compte 5 à 600 licenciés. « Quand je suis arrivé, on a créé un club avec les jeunes chiffonniers de Phnom Penh. Ça a tout de suite bien pris. Aujourd’hui, je continue à Siem Reap, mais avec la crise, les joueurs qui travaillent dans les hôtels ont eu très peu de temps libre cette année, on n’était pas au complet pour certains matches. »

Jean Baptiste au Rega

 Ecoutez son interview :

Association d'aide au developpement du Cambodge